Jean-Yves Ferri et Didier Conrad : Interview croisée

Jean-Yves Ferri et Didier Conrad : Interview croisée 2017-10-09T10:02:49+02:00

Parlez-nous de la genèse de ce nouvel album.

J-Y.F : Par rapport aux deux premiers albums que nous avons conçus en tandem (Astérix chez les Pictes, 2013 / Le Papyrus de César 2015), notre méthode de travail s’est un peu rôdée. A l’époque, je ne connaissais de Didier que son oeuvre. C’est Astérix qui nous a réunis ! Il faut savoir que nous habitons à plus de 8 000 kilomètres l’un de l’autre, et que la plupart de nos échanges se font par téléphone ou par Skype ! Ce n’était pas évident au début, mais on s’y est fait désormais, et le travail en commun devient beaucoup plus aisé.

D.C : Nous savions qu’il fallait trouver pour cette nouvelle aventure une destination en dehors des frontières gauloises, et l’Italie, proposée par Jean-Yves, est rapidement devenue une évidence pour nous. C’est la première étape. Ensuite, il faut trouver une bonne histoire. Jean-Yves est un scénariste de talent, il lui a fallu peu de temps pour trouver l’idée de la traversée de l’Italie sous la forme d’une course d’étapes. Une fois le synopsis accepté par Albert Uderzo, Anne Goscinny et les éditions Albert René, je n’ai plus qu’à attendre le storyboard de Jean-Yves, et le travail commence pour moi : de longues nuits blanches à dessiner des personnages bien connus dans le monde entier. Je ne vais pas vous mentir, cela peut être épuisant et très stressant : on ne veut décevoir ni les lecteurs, ni Albert. L’erreur n’est pas une option !

Justement comment décririez-vous votre collaboration avec Albert Uderzo ?

J-Y.F : Notre collaboration devient de plus en plus fluide au fil des albums. Lorsque nous lui avons montré les premières pages de notre premier album, Albert avait des remarques à nous faire, que ce soit au niveau de l’histoire ou du dessin. Pour ce nouvel album, il a mis les points sur les « i », au sens propre, car il manquait juste, en couverture, un point sur les « i » de « Transitalique » ! En dehors de cela, il nous a apporté son soutien sur l’ensemble du projet : ses interventions sont des encouragements plus que des critiques.

D.C : Effectivement, après 3 albums, nous pouvons considérer que nous commençons à nous approprier à la fois le style de René Goscinny, et le trait, reconnaissable par tous, d’Albert Uderzo. Ce sont deux maîtres absolus. Reprendre leurs aventures est une immense fierté pour nous.

Avez-vous rencontré des difficultés particulières lors de la réalisation de l’album ?

J-Y.F : La principale contrainte est le temps ! Deux ans pour concevoir un album d’Astérix, c’est peu. Au début, on se dit « je n’y arriverai pas ». La difficulté est de parvenir à faire rentrer l’univers d’Albert et de René, si riche et foisonnant, dans un récit ne devant pas dépasser 44 planches. Le cahier des charges est ainsi fait, mais au final, cet exercice s’avère être extrêmement  stimulant.

D.C : Je pense avoir un avantage sur nombre de mes camarades : à l’instar d’Albert, j’adore dessiner les chevaux, malgré la grande difficulté de la tâche. Et pour la réalisation de ce 37e album, j’ai pu me faire plaisir ! Également, j’ai souhaité pour cet album peaufiner les détails. Chaque planche m’a demandé environ 30 heures de travail, contre 20 pour les deux précédentes aventures.

J-Y.F : Je suis sûr que les lecteurs vont être impressionnés par tes dessins !

D.C : Et vont vraiment bien rigoler avec tes gags !